Recherche-création || Kimberley de Jong

04/03/2021

An Autobiographical Account

After working with two artists who generously shared their accounts of becoming parents, which was followed by an archival sensorial improvisation, I decided that it was time to become my own subject. Although the saying “How do you know unless you’ve tried it?” can be applied to so many things (such as getting my children to eat their supper), it proved to be an act of necessity in the context of my research towards project, (M)other. I will attempt to make some personal juxtapositions between dance and birth, reflections that only came to me while I was dancing. In the position of facilitator it is important to first try what you are asking of others. 

In the dance world, as in other mediums of art, power structures: male versus female, choreographer versus dancer, director versus artist, professor versus student (the list continues), have always existed … I am aware that many papers have and are being written about power dynamics in the art world, namely in dance, but for the purpose of this blog, I will stick to a couple of reflections I had while I exposed myself and my journey into parenthood, in front of the lens of a camera. What is different about dance, and where I relate it to the act of birth, is our use of the body. Our bodies speak for themselves, are an expression and a language of their own. Sickness is a way our body indicates to us what we need to address. However, in birth, as in dance, we are focusing on the body as a means to bring life and express form; our words are not the first tool to come to our defence. Our words are being dominated by a concentration on what our bodies are doing. During the act of birth or dance, we use breath and sound and the power of what our bodies are doing overshadow that of our words.  

There is a difference between dancing fiction in front of the thousands of people and telling one’s own story through the body in front of a camera. I have worked for a number of Montreal choreographers and have had the opportunity to perform internationally in theatres with a capacity of sometimes two thousand people. (This number seems crazy now given the current situation we are living in.) What I find interesting, though, is my ability to transform and expose myself in front of this many people, in the context of a theatre, whereas intimately exposing my life in front of one or two people and a camera, is terrifying. The medium of film is not live art. The mistake you made on film will not be forgotten, you can watch it on repeat. Yes, you can delete, photoshop and edit but it remains a less interactive and more manicured form. Cameras can focus on every imperfection, and while our eyes decide where they want to go, they can get only so physically close to the performer. 

What I have chosen to research in (M)other are dancer’s accounts of their transitions into the role of parenthood. It became apparent to me that I wanted to work through the medium of movement, and therefore I chose to address dancers in my community who are also parents. There is nothing fictional about this subject. There are many myths and concepts we use to describe motherhood, like the “Cult of the Happy Mother” which I felt specifically compelled to d e c o n s t r u c t. My point is that talking about something so entirely personal, then expressing myself in relation to that truth, in front of a camera, and nude, is an act of extreme vulnerability (at least for me it was). I chose to reveal the body, nude, because it is important for me to show the postpartum body for all of its transformations and experience. I want to normalize the postpartum body. As a dancer who was told to stand in the back because my breastfeeding breasts did not fit the aesthetic of the company, I think dancers feel enormous pressure to “bounce” back to their pre pregnant selves. As if women did not already feel enough pressure to conform to whatever the “it” body is, as a dancer, our bodies determine our employability. If art is representative of humanity, in all its shapes and forms, then the postpartum body is one part of that humanity, which should be celebrated. 

Telling my story through my body was challenging, and yes, difficult. This was exactly why I needed to try it before I asked other artists to expose their own journey. The empty gallery setting with its bare walls, concrete floors, and bright shining lights was at times reminiscent of a hospital setting. Although I birthed my children at home, being a doula, I have accompanied women through their births in hospitals. There is a feeling of vulnerability, exposure, and an inherent power dynamic between health care professionals and the birther. Those who are in control and those who are doing their best within the context to keep their power and hold on to their self-determination. Here, in the gallery, I had no one telling me what to do. I was the choreographer of my own work. Nonetheless I exposed myself.  Having done so, I can be more empathetic, and, as doulas often say, “hold the space” for others. 

08/01/2021

Éplucher la mémoire

J’ai récemment publié une enquête pour interroger la transition vers la parentalité. J’ai été honorée, touchée par l’intimité et le soin avec lesquels  les gens ont répondu. Revenir avec détail sur la manière dont votre enfant est entré dans le monde peut être tout autant valorisant que déstabilisant, quoique vous ayez envie de raconter ou d’oublier. Chacun.e a une histoire à raconter et c’est pour cette raison que j’ai envie de les mettre en lumière. Entendre les gens sur leurs expériences personnelles en tant que parents montre à quel point notre société a tendance à cloisonner cette expérience, à la mettre dans un placard. Parfois, il n’est pas facile d’y retourner et d’abandonner le passé. Une participante de 70 ans m’a même écrit pour me dire qu’elle était désolée mais qu’elle ne pouvait pas répondre parce qu’elle ne se souvenait pas de son accouchement. Ma propre mère a répond :  « J’ai eu quatre enfants et chaque expérience a été différente. Ces expériences se sont déroulées entre 1971 et 1987, de sorte que la maternité et les procédures d’accouchement ont évolué rapidement au cours de cette période. Je me suis sentie complètement « assomée » pendant l’accouchement puis directement totalement engagée. »

Au fur et à mesure de ce projet de recherche, j’en découvre la signification. La défintion de « mère » d’une participante m’a aidé à m’en rapprocher: « C’est difficile d’entrer dans ce rôle. C’est de souvent se juger par rapport aux autres mères. C’est d’hériter de plein de stéréotypes mais parfois de les aimer. C’est être fière d’avoir des enfants, sentir que j’ai accompli quelque chose d’extrêmement grand, mais qui n’est pas dans le monde visible des accomplissements de la société. » 

Sentir que l’on a accompli quelque chose qui change la vie mais qui n’est pas visible dans le monde visible des standards des accomplissements à succés de la société : c’est peut-être pour cela qu’il est si important pour moi de mettre ces histoires en lumière; prendre le temps et exposer les couches qui, petit à petit, nous constituent.

Pour partager votre expérience de transition vers la parentalité, et ainsi contribuer aux donnés de ma recherche, veuillez remplir le sondage en cliquant sur le lien ci-dessous:

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Travail en cours avec l’interprète Geneviève Robitaille

16/11/2020

En solidarité avec Diane di Prima

Mère. Doula. Danseuse. Elle. Ce sont tous les noms que j’emploie pour me décrire. Ayant vécu deux expériences maternelles avec mes filles, aujourd’hui âgées de 6 et 11 ans, je me suis sentie obligée d’aider d’autres femmes dans leur transition vers la parentalité. En tant que danseuse, beaucoup de gens croyaient que je ne danserais plus jamais après avoir eu des enfants. Quand j’ai annoncé ma grossesse, lorsque j’avais 25 ans, les gens autour de moi ont étaient sceptiques. Encore plus quand j’ai annoncé que j’aurais une deuxième. « Comment tu-vas faire de la tournée? », « Ton corps va changer pour le pire », et ainsi…. Je crois que c’est devenu une sorte de mission de démystifier l’idée que nous ne pouvons pas être mères et artistes, ou autre chose, et être bonnes à cela. Récemment, j’ai lu cette annecdote écrite par Ariel Gore sur la vie de la poétesse Diane di Prima qui m’a vraiment interpellée. J’ai eu envie de la partager ici.

« Dans Souvenirs de ma vie de femme, la poète Diane di Prima raconte une nuit chez Allen Ginsberg à New York. Elle avait demandé à une amie de garder sa jeune fille et s’était rendue à l’appartement de Ginsberg parce que Jack Kerouac et Philip Whalen étaient en ville pour « une de ces nuits où l’on parle beaucoup et intensément d’écriture dont on ne se souvient pas plus tard ».
Diane avait promis à sa baby-sitter qu’elle serait de retour à 23h30 ce soir-là, et comme 23h30 commence à tourner, Diane fait ses adieux. Kerouac s’est alors levé sur un coude sur le linoleum et a annoncé d’une voix de stentor : « DI PRIMA, A MOINS QUE VOUS OUBLIEZ VOTRE BÉBÉSITEUR, VOUS NE SEREZ JAMAIS UN ÉCRIVAIN ».
Qu’est-ce que vous en pensez ?
Kerouac se soutient d’un seul bras et nous gifle, ivre, avec la grande peur que nous partageons tous. Il incarne l’archétype de l’artiste masculin égoïste et autodestructeur, et il annonce que si nous aussi, nous ne sommes pas prêts à être irresponsables dans nos relations, nous ne serons jamais à la hauteur.
« J’y ai réfléchi attentivement, à l’époque et plus tard », écrit Di Prima, « et j’ai permis qu’au moins une partie de moi pense qu’il avait raison. Mais néanmoins, je me suis levée et je suis rentrée chez moi ».
Trois hourras pour Di Prima !
« J’avais donné ma parole à mon ami », explique-t-elle, « et je la tiendrai. Je n’allais peut-être jamais devenir écrivain, mais il fallait que je prenne le risque. C’était le risque qui était caché (comme un puzzle chinois) dans l’autre risque de : puis-je être une mère célibataire et être poète ? »
C’est une question sérieuse, celle-là. Sérieuse non seulement pour les mères, mais pour nous tous. Pouvons-nous être présentes dans nos relations et continuer à faire le travail que nous nous sentons appelées à faire ? Comme le dit mon amie Lynn : « Une femme doit faire un réel effort pour ne pas se dissoudre dans tout ce qui a besoin d’elle. » Nos relations ont besoin de nous, mais nous ne voulons pas nous dissoudre. Nous refusons de nous dissoudre, mais nous choisissons aussi d’être responsables de nos relations. Nous en avons assez que le type ivre sur le lino nous dise que nous ne pouvons pas faire les deux. Les femmes ont toujours fait les deux.
Avec le recul, di Prima reconnaît ce qui est vrai : si elle avait choisi de rester cette nuit-là, « il n’y aurait pas de poèmes ». Autrement dit, la personne qui aurait laissé une amie qui lui avait rendu service ne se serait pas non plus lancée dans la poésie. C’est la même discipline partout ».
La même discipline.
Et la discipline, comme la maternité, est bonne pour l’âme. La poésie est bonne pour l’âme. La responsabilité de toutes nos relations dysfonctionnelles est bonne pour l’âme. L’archétype de l’artiste masculin égoïste nous dit que nous ne pouvons pas gérer toutes ces choses en même temps, que nous ne pouvons pas être simultanément responsables envers les enfants, les baby-sitters, nous-mêmes et l’art, que nous devons sacrifier, abandonner – mais nous savons que c’est un mensonge.
Au moment où j’écris ces lignes, Kerouac est dans sa tombe depuis près de quarante ans. Diane di Prima est à San Francisco, mère de cinq enfants, auteur de trente-cinq livres de poésie et de plusieurs mémoires, grande puissance et radicale du XXIe siècle.
Nous n’avons pas besoin d’enfants pour être heureux, mais la maternité m’a appris ceci : pour éprouver de la joie, nous devons être capables d’éprouver honnêtement les ténèbres aussi. Dans la responsabilité de la relation, nous construisons des corps de mémoire et d’expérience de vie dont nous pouvons être fiers. La maternité m’a appris que le contraire du bonheur n’est pas une lutte. Ce n’est même pas la dépression. Le contraire du bonheur, c’est la peur et l’obéissance.
Dans les Lettres révolutionnaires, di Prima écrit : « Soyez forts. Nous avons le droit de créer l’univers dont nous rêvons. Il ne faut pas craindre que la « science » s’excuse à genoux pour les choses telles qu’elles sont, TOUT POUVOIR DE JOIE, qui va refaire le monde ».
« Trois acclamations pour di Prima, pour la maternité, pour le courage de faire l’univers dont nous rêvons ».

-Ariel Gore, Bluebird : Les femmes et la nouvelle psychologie du bonheur

Interprètes: Brianna Lombardo et Kimberley de Jong dans l’oeuvre « Unravelling »